Ma colère: cette boule noire

Publié par Collaboration spontanée le

Je ne me souviens pas de tout.  Ce n’est pas clair.  C’est brumeux. Ce que je me souviens, c’est la tristesse.  J’étais triste.  Et en colère.  Très en colère. Contre le monde. Contre la vie. Surtout contre moi. Oui, contre moi. Comment j’e n’avais pas pu protéger mon bébé. Comment je n’ai pas pu la garder en vie. J’avais honte. D’avoir ce sentiment-là. Tout le monde m’encourageait. « Ça va aller, Yedh! Tu es jeune! T’en auras d’autres! ». Toutes ces paroles qui se devaient réconfortantes étaient pour moi frustrantes. J’étais tellement en colère. Et j’avais tellement honte. Pourquoi j’étais en colère? Pourquoi je n’arrivais pas à me débarrasser de ce sentiment? J’ai tellement ruminé ma frustration. Jusqu’au jour où je suis tombée sur sa petite boite à souvenirs. D’un coup, ma colère a disparue et j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. J’ai pleuré. Ma souffrance, qui s’était mutée en colère, disparaissait à travers mon flot de larmes.

 

Est-ce normal, d’avoir eu ce sentiment si dur alors que je vivais un deuil aussi gros dans mon petit cœur de maman?  Encore aujourd’hui, je me pose la question. Mais, je me rends compte qu’on n’ose pas en parler. Oui, j’étais fâchée. Mais avant tout, je souffrais. J’avais mal, si mal. Ma souffrance était si grosse, si énorme, si soudaine. Je ne savais pas comment réagir. JE NE SAVAIS PAS COMMENT RÉAGIR. Chacun vit son deuil différemment. Est-ce que c’est bien? Je n’en sais rien. Chacun prend un chemin différent sur la route du deuil. Certains sont à pleine vitesse, d’autres prennent leur temps. Peu importe le comment, l’important, c’est de le vivre. Je n’ai pas à te dire comment vivre ton deuil. Tu possèdes ton deuil à toi. Je dis juste que, quoi qu’il arrive, peu importe ton émotion, vis là. Prends-la par les deux cornes et vis-la. J’ai pris des mois à « dealer » avec ma colère. Mais lorsque mon coeur était prêt, ce qui avait à sortir est sorti. Je me suis libérée de ma boule noire.

 

7 ans plus tard, quelquefois, je rumine. Quelques minutes, quelques instants. Ma boule noire tente de revenir. Ok, je la laisse s’approcher. Mais, elle part aussi vite qu’elle est venue. Je ne la laisse pas s’installer. Je l’ai vécu une fois, je me dis que c’est assez. Maintenant je souris. Et je garde en souvenir mon étoile filante.

Je suis Y. Je suis maman de deux filles et d’une étoile filante. J’écris, je chiale, je niaise, je photographie. Mon univers, ma tête pleine de confettis et de bulles. Je partage. J’extériorise. Je signe, l’avant dernière lettre.

 

Catégories : Le deuil périnatal

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